Découvrir Rome | Porte Saint-Sébastien, l'Archange Michel
juin 05, 2020"Des étrangers sont entrés dans la ville et ont été vaincus par le peuple romain"
Une image représentant
Saint Michel Archange tuant le dragon se trouve sur un piédroit de la Porte Saint-Sébastien
à Rome, entrée monumentale de la ville située le long des murs d'Aurélien. À côté,
une inscription en latin rappelle la victoire rapportée en 1327 par le peuple
romain contre les troupes de Robert d'Anjou, vicaire du pape, qui tenta
d'entrer à Rome pour restaurer la domination papale dans la ville rebelle.
![]() |
| Saint Michel Archange tuant le dragon, XIV siècle, Porte Saint-Sébastien, Rome |
Rome est sans pape depuis 1309. Dès cette date, les papes résident à Avignon, dans le Sud de la France. La papauté et l'empire se sont affrontés pendant des décennies pour établir la suprématie de l'un sur l'autre, en recourant au débat théologique, philosophique et politique, à l'intrigue politique, à des pactes diplomatiques et des affrontements militaires. À Rome, grâce à l'éloignement du pouvoir pontifical, deux familles nobles, les Orsini et les Colonna, et leurs partisans mènent une lutte sans quartier pour la domination. Les Orsini, guelfes, soutiennent les raisons de la papauté, tandis que les Colonna, gibelins, se rangent du côté de l'empire germanique. Pendant ce temps, le peuple de Rome jongle entre une faction et une autre, essayant de gagner en autonomie et en pouvoir grâce au Conseil communal.
En 1316, le
nouveau pape Jean XXII est élu. Le pape nomme le roi de Naples Robert d'Anjou
sénateur de Rome, impose son contrôle sur le Conseil communal de la ville et
l'investit de la charge de vicaire pontifical et impérial en Italie. En raison
de l'éloignement du pape en Avignon, Rome est en déclin, le climat politique
est instable et la population est victime des coups de force politiques des Orsini
et des Colonna. Le peuple romain demande le retour de Jean XXII, mais quand, en
1326, il se rend compte que le pape n'a pas l'intention de quitter Avignon, il se
soulève et expulse de la ville les partisans de Robert d'Anjou.
Rome est désormais
prête à prendre parti pour l'empereur Louis IV de Bavière. Louis IV, ou Louis
le Bavarois, avait été élu empereur en 1314 par la majorité des princes-électeurs
allemands, mais Jean XXII n'avait pas donné l'approbation pontificale à cette
élection. L'empereur s'était alors appuyé sur les doctrines de Marsile de
Padoue et Jean de Jandun, qui soutenaient que l'attribution de la souveraineté
ne dépendait pas du pape, mais devait être légitimée par le peuple par élection.
En réponse, en 1324, Jean XXII avait excommunié Louis IV. Enfin, en 1327, l'empereur
avait décidé de descendre en Italie avec son armée.
Entre-temps, les Romains,
après avoir expulsé les partisans de Robert d’Anjou, élisent Capitaine du
Peuple Sciarra Colonna, le même qui, en 1303, avait osé gifler le pape Boniface
VIII à Anagni. En septembre 1327, les troupes envoyées par le roi de Naples
Robert d'Anjou, sous le commandement des guelfes Giovanni et Gaetano Orsini, sont
vaincues par la faction des gibelins commandée par les Colonna. L'un des
affrontements décisifs a lieu précisément près de la Porte Saint-Sébastien.
![]() |
| Porte Saint-Sébastien, Rome |
En mémoire de la victoire remportée contre l'armée de Robert d'Anjou près de la Porte Saint-Sébastien le 29 septembre 1327, fête de Saint-Michel (victoire qui fut pour cela attribuée à la protection bienveillante de l'Archange Michel), une image de Saint Michel Archange tuant le dragon fut alors gravée sur le montant intérieur de la Porte Saint-Sébastien. Saint Michel porte dans sa main droite la lance, avec laquelle il transperce le dragon qu’il foule aux pieds, tandis que dans sa main gauche il tient un globe crucifié. La figure de l'archange est accompagnée d'une inscription en latin commémorant les événements :
"ANNO DNI MC.. XVII INDICTIONE XI MENSE SEPTEMBRI
DIE PENULTIMA IN FESTO SCI MICHAELIS INTRAVIT GENS FORESTERIA IN URBE ET FUIT
DEBELLATA A POPULO ROMANO QUI STANTE IACOBO DE PONTIANO CAPITE REGIONIS"
"L'année
1327, indiction XI, au mois de septembre, l'avant-dernier jour, fête de Saint-Michel,
des étrangers sont entrés dans la ville et ont été vaincus par le peuple romain,
Jacopo de’ Ponziani étant le chef du quartier."
Suite à la
victoire des gibelins, Sciarra Colonna invite l’empereur Louis IV à se rendre à
Rome pour y être couronné. En janvier 1328, Louis IV arrive à Rome, où il
demande au Conseil communal que les Romains le couronnent empereur. Le 17
janvier 1328, Louis IV est finalement couronné empereur dans la basilique de Saint-Pierre.
C’est Sciarra Colonna lui-même, au nom du peuple romain, qui placera la
couronne sur la tête de Louis IV. Il s’agissait d’un acte révolutionnaire, puisque,
de cette façon, l'empereur niait le droit du pape de légitimer l'élection
impériale, remplaçant l'approbation pontificale par le consentement populaire.


0 commentaires